L’homme et la pensée

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Le silence Mental :

Pratique du yoga , et mise en relation des visions de notre mental extraites des travaux de Sri Aurobindo.

Le but de cela est d’exposer plusieurs manières de voir la même chose afin qu’on se retrouve sur la route plutôt que de convertir tout le monde a 1 mode de pensée qui serait le mien.
Mon intérêt étant que chacun trouve SON autonomie, à lui , pas encore celle de la personne en face.

Les pages ont été notées afin que vous puissiez , si vous le voulez vous référer à son oeuvre lors de votre pratique.

 Les constructions mentales

(p43-p44)

4.La première étape est le silence mental. L’observateur s’apercevra qu’il vit dans un vacarme sournois, un tourbillon épuisant où il n’y a place que pour ses pensées, ses sentiments, ses impulsions, ses réactions.

En un sens, nous ne sommes rien d’autre qu’une masse complexe d’habitudes mentales, nerveuses et physiques, liées ensemble par quelques idées directrices, désirs, associations.

Le premier travail du yoga, c’est de respirer au large et naturellement de briser cet écran mental qui ne laisse filtrer qu’un seul type de vibration, pour connaître l’infinitude multicolore des vibrations, c’est à dire le monde enfin et les êtres tels qu’ils sont.

Méditation active

(p45-p47)

5.Quand on s’assoit les yeux clos pour faire le silence on est tout d’abord submergé par un torrent de pensées qui surgissent de partout. Il ne faut surtout pas commettre l’erreur de lutter contre le mental. Il faut déplacer le centre, par exemple en suivant sa respiration ou en se concentrant sur une image. Chacun sa méthode.

Le yoga éveille automatiquement par le seul fait que l’on s’est mis en route toute une gamme de facultés latentes et de forces invisibles qui débordent les possibilités de notre être extérieur et qui peuvent faire pour nous ce que nous sommes incapables de faire.

Mais les exercices de méditation ne sont pas la vraie solution du problème bien qu’ils soient nécessaires au début pour donner l’impulsion.

Nous avons besoin d’une vie complète, nous avons besoin de vivre la vérité de notre être, tous les jours, à chaque instant et pour cela les méditations béates ne sont pas la solution.

La seule solution est donc de pratiquer le silence mental là où il est apparemment le plus difficile, c’est à dire dans la rue, au travail, partout.

On travaille sur soi à chaque instant et la vie commence à prendre un intérêt tout à fait inusité. Les moindres petites circonstances deviennent l’occasion d’une victoire. Nous sommes orientés.

Le yoga n’est pas une manière de faire mais une manière d’être.

Transition

(p47-p49)

6.Nous sommes en quête d’une autre pays mais entre celui que nous quittons et celui qui n’est pas encore là il y a un no man’s land assez pénible. C’est une période d’épreuve.

L’épreuve principale est le vide intérieur. Le monde apparaît énormément absurde. C’est le signe d’un commencement d’intériorisation. Il ne faut pas s’enfermer dans une fausse profondeur. Il faut aller plus loin. Quand on a commencé le yoga il faut aller jusqu’au bout.

Le chercheur doit comprendre qu’il commence à naître à autre chose. C’est le passage à une nouvelle conscience. Notre seule ressource est alors de nous accrocher à notre aspiration et de la faire grandir, grandir justement par ce terrible manque de tout. Simplement, nous avons la foi inébranlable que derrière ce passage il y a une porte qui s’ouvre.

La foi, dit Sri Aurobindo, est une intuition qui non seulement attend l’expérience pour être justifiée mais qui conduit à l’expérience.

Descente de la force

(p49-p53)

7.Et peu à peu le vide s’emplit. On fait alors une série d’observations et d’expériences d’une importance considérable. On s’aperçoit que tout est possible et surtout qu’il n’y a pas deux cas semblables, d’où l’erreur de tous les dogmatismes spirituels.

On sent autour de la tête, sur la nuque, une pression. Celle-ci devient continue et donne la sensation très agréable d’une énergie fraîche. Vraiment, on a plongé dans la Source et cette force descendante est la force même de l’Esprit – Shakti.

Quand ils parlent de leur expérience les disciples de Pondichéry disent » la Force de Sri Aurobindo et de la Mère« . Cette manifestation constitue la différence fondamentale entre le yoga intégral de Sri Aurobindo et les autres yogas. Dans d’autres méthodes, on a l’expérience d’une force ascendante appelée Kundalini qui s’éveille assez brutalement dans notre être jusqu’à atteindre le sommet du crâne où elle semble éclore dans une sorte de pulsation lumineuse qui s’accompagne d’une sensation d’immensité.

8.Tous les procédés yogiques que nous pourrions appeler thermogénérateurs ( asana du hatha yoga, concentrations du raja yoga exercices respiratoires ou prânâyâma etc… visent à l’éveil de cette force ascendante.

Les yogas traditionnels visent à une libération de la conscience, à émerger vers le haut dans la paix ou l’extase. Notre expérience du courant descendant est l’expérience de la Force transformatrice. C’est elle qui fera le yoga pour nous, automatiquement et pourvu qu’on laisse faire. Elle commencera par où finissent les autres yogas puis descendra de niveau en niveau et c’est Elle qui universalisera notre être tout entier. C’est l’expérience de base du yoga intégral.

Emergence d’un nouveau mode de connaissance

(p53-p57)

9.Avec le silence mental, un autre phénomène se produit, fort important, qui s’étend parfois sur de nombreuses années, c’est ce que nous pouvons appeler l’émergence d’un nouveau mode de connaissance et donc d’un nouveau mode d’action. L’expérience nous apprend qu’il n’est pas nécessaire de réfléchir, de nous souvenir, de chercher, de faire toute sorte de mécanismes mentaux.

Au fond le yoga n’est pas tant une façon d’apprendre que de désapprendre une foule d’habitudes que nous avons héritées de notre évolution animale. Le chercheur finira par sentir quelque chose qui vit au fond de lui, à l’arrière plan de son être, comme une petite vibration sourde. Il lui suffira de prendre un peu de recul dans sa conscience pour qu’à n’importe quel moment la vibration de silence soit retrouvée.

Bientôt cette vibration deviendra de plus en plus perceptible et le chercheur sentira une séparation qui s’opère dans son être : une profondeur silencieuse qui vibre. Il aura découvert le Témoin en lui et se laissera de moins en moins accaparer par le jeu extérieur qui sans cesse tente de nous avaler.

Ce travail de décrochage sera puissamment assisté par l’expérience de la Force descendante qui exercera une pression silencieuse. Peu à peu nous nous apercevons qu’il n’est pas nécessaire de réfléchir et que quelque chose par derrière fait toute la besogne avec une précision de plus en plus grande. Nous verrons que plus nous obéirons à ces suggestions-éclair, plus elles tendront à devenir fréquentes, claires et impérieuses. Nous avons tous fait l’expérience de ces problèmes mystérieusement résolus dans le sommeil, précisément quand la machine à penser s’est tue.

Puis, un jour, à force d’erreurs, nous aurons compris que le mental n’est pas un instrument de connaissance mais seulement un organisateur de la connaissance et que la connaissance vient d’ailleurs.

C’est vraiment une autre façon de vivre, très allégée. Il n’est rien que le mental fait qui ne puisse se faire et se faire mieux, dans l’immobilité mentale et une tranquillité sans pensée.

Le mental universel

(p57-p62)

10.Jusqu’à présent nous avons analysé les progrès du chercheur en termes intérieurs mais ce progrès se traduit également sur le plan extérieur. D’ailleurs la cloison intérieur-extérieur s’amenuise de plus en plus et apparaît comme une convention artificielle.

Il y aura tout d’abord des symptômes désagréables car il recevra les pensées des gens, leurs volontés, leurs désirs, sous leur véritable aspect et toute leur nudité, comme ils sont vraiment- des attentats. Notons que les « mauvaises pensées » ne sont pas seules à partager cette virulence. Rien n’est plus agressif que les bonnes volontés, les bons sentiments, les altruismes. D’un côté ou de l’autre, c’est l’ego qui se nourrit par la force ou la douceur. Nous ne sommes civilisés qu’à la surface, dessous, le cannibale continue.

Armé de sa force et de son silence mental le chercheur verra qu’il est perméable au dehors et qu’il reçoit de partout. Il semble donc qu’avec le silence mental un élargissement de la conscience se soit produit et qu’elle puisse se diriger à volonté en n’importe quel point de l’universelle réalité pour y connaître ce qu’elle a besoin de connaître.

Dans cette transparence silencieuse nous ferons une autre découverte capitale par ses implications. Nous nous apercevrons que les pensées des gens nous viennent de l’extérieur mais que nos propres pensées nous viennent aussi du dehors. Lorsque nous serons suffisamment transparents nous pourrons sentir, dans le silence immobile du mental comme des petits remous, de légères vibrations et si nous acceptons l’entrée en nous de celles -ci nous sommes soudain en train de penser à quelque chose.

Un bon lecteur de pensée peut saisir ce qui se passe dans une personne dont il ne connaît même pas la langue car ce sont des vibrations auxquelles il donne la forme mentale correspondante. L’homme s’est habitué à sélectionner dans le Mental universel un certain type de vibration, assez réduit, avec lequel il est en affinité et jusqu’à la fin de sa vie il accrochera la même longueur d’onde. Il tourne et tourne dans la cage. Certes, nous changeons d’idée mais changer d’idée n’est point progresser, ce n’est pas s’élever à un mode vibratoire plus haut. C’est pourquoi Sri Aurobindo parlait de changement de conscience.

Le chercheur découvre ainsi qu’il n’y a pas de dedans et de dehors et que ce dernier est partout dedans ! Nous sommes partout ! Nous sommes partout chez nous. De même pour l’antinomie action-méditation : la Force passe en nous et nous ne sommes jamais branché ailleurs.