Le Tarot

Le Tarot ūüĆÄ et son  » pr√©ambule  » explicatif ūüėä

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Point d’int√©r√™t de rentrer l√† dans une √©tude de chaque carte qui d√©couragerait la plupart √† la simple lecture ( ūüėĀ bien que ce soit peut √™tre d√©j√† le cas ici ) , mais il est n√©anmoins utile de donner la vision d’ensemble de son fonctionnement ūüćÄ

Jeu de cartes sans doute des plus anciens, le Tarot met en oeuvre un monde de symboles. On ne peut douter de son enseignement √©sot√©rique, plus ou moins secr√®tement transmis √† travers les si√®cles. Le probl√®me de ses origines est tr√®s difficile, sinon impossible √† r√©soudre… bien qu’on puisse faire des parall√®les avec l’antique √Čgypte.

Depuis Court de G√©belin qui au XVIIIe si√®cle se passionna pour son interpr√©tation, les th√©ories les plus diverses ont √©t√© avanc√©es. Qu’il vienne de Chine, des Indes, de l’√Čgypte, qu’il soit l’oeuvre m√™me de Thot-Herm√®s Trism√©giste, celle des Boh√©miens, d’Alchimistes, de Kabbalistes ou d’un homme sage entre les sages, le Tarot pr√©sente en fait une iconographie assez nettement moyen√Ęgeuse et m√™l√©e de symboles chr√©tiens.

– Les couleurs et les nombres:

Sa forme la plus traditionnelle est celle du Tarot de Marseille. Le jeu se compose de soixante-dix-huit lames: cinquante-six arcanes mineurs, vingt-deux arcanes majeurs. Ces nombres m√©ritent examen. Notons d’abord que le nombre vingt-deux est celui des lettres h√©bra√Įques qui, selon la Kabbale, pr√©sentent l’Univers. Ce nombre, dans le Tarot, est fait de vingt et un arcanes num√©rot√©s et du mat: le nombre vingt et un, soit trois fois sept, est celui tarot 21de la perfection humaine en tant que trois fois sept ( il faut se rappeler ici que l’arcane portant le # 21 repr√©sente le Monde ). Le mat qui lui est ajout√© est, dirait un sage africain, la parole donn√©e √† cette perfection, son animation. Des cinquante-six arcanes mineurs on retiendra surtout qu’elles constituent quatre groupes, on pourrait dire quatre colonnes de quatorze lames, qui correspondent aux quatre familles des jeux de cartes, d√©riv√©s du tarot. Mais surtout, il faut souligner que soixante-dix-huit, somme de tout le jeu de tarot, est aussi la somme et donc, selon le langage des √©sot√©ristes qui invent√®rent le tarot, la signification secr√®te des douze premiers nombres. Secr√®tement ce Livre qui se pr√©sente comme un jeu contient donc la substance additionn√©e du nombre qui structure l’univers et la pens√©e.

Toutes ces lames sont vivement coloriées.

Nous rappellerons ici en quelques lignes la symbolique des couleurs dominantes du Tarot:

Ocre rose (chair), bleu, rouge et jaune.

-L’ocre rose indique toujours ce qui est humain ou se rattache √† l’humanit√© (visage,corps,constructions).

-Le bleu, couleur nocturne, passive, lunaire, est la couleur du secret, du sentiment, de l’anima, des valeurs f√©minines par excellence.

-Le rouge est la couleur m√Ęle de la force interne, de l’√©nergie potentielle, des manifestations de l’animus, du sang et de l’Esprit.

-Le jaune enfin, dans toute son ambivalence, est en m√™me temps la couleur de la terre et celle du soleil, de la richesse du miel et des moissons, de la lumi√®re intellectuelle en sa puret√© d’or inalt√©rable.

– Les arcanes mineurs:

Les arcanes mineurs comprennent quatre s√©ries, B√Ętons,Coupes, √Čp√©es, Deniers, de quatorze cartes chacune: Roi, Dame, Chevalier, Valet et dix cartes num√©rales de l’as au dix. ( dans nos jeu de cartes ordinaires, le Cavalier a disparu, les B√Ętons se sont transform√©s en Carreaux, les Coupes en Coeurs, les √Čp√©es en Piques, les Deniers en Tr√®fles ).
Ces quatre séries symbolisent les quatre éléments ou les quatre composantes fondamentales de la vie.

Le B√Ęton, c’est le Feu de l’action, le point de d√©part n√©cessaire de toute √©volution; mais c’est aussi la baguette magique, le sceptre de domination virile, le P√®re.

La Coupe, c’est l’Eau f√©condante du ciel, ce qui relie le cr√©√© au divin, la vie psychique; mais c’est aussi la coupe divinatoire, la r√©ceptivit√© f√©minine, la M√®re.

L’√Čp√©e, c’est l’Air, esprit qui p√©n√®tre la mati√®re et l’informe, en faisant ce compos√© qui sera l’homme; c’est aussi le glaive de l’√©vocateur, l’arme qui dessine une croix et rappelle ainsi l’union f√©conde des deux principes m√Ęle et femelle; le gla√ģve symbolise en outre une action p√©n√©trante comme celle du Verbe ou du Fils.

Le Denier, enfin c’est la Terre: Descente sous terre par laquelle commence toute initiation ( importance de la caverne ) et qui donne √† l’homme l’appui du monde dans lequel il est plac√©; ou le disque pentaculaire, signe d’appui de la volont√©, mati√®re condensatrice d’action spirituelle, synth√®se ramenant le ternaire √† l’unit√©. Trinit√© ou Tri-Unit√©.

– Les arcanes majeurs: Chemin Initiatiques

Les arcanes majeurs eux-m√™mes sont des chemins initiatiques dont les √©tapes ont √©t√© interpr√©t√©es de nombreuses fa√ßons. Ils se pr√©sentent comme la quintessence de l’herm√©tisme, comme les Hauts grades plac√©s au-dessus de la masse anonyme.
(I) Le Bateleur, (II) La Papesse, (III) L’Imp√©ratrice, (IV) L’Empereur, (V) Le Pape, (VI) L’Amoureux, (VII) Le Chariot, (VIII) La Justice, (IX)l’Hermite, (X) La Roue de Fortune, (XI) La Force, (XII) Le Pendu, (XIII) Arcane sans nom (La Mort), (XIIII) La Temp√©rance, (XV) Le Diable, (XVI) La Maison Dieu, (XVII) L’√Čtoile, (XVIII) La Lune, (XIX) Le Soleil, (XX) Le Jugement, (XXI) Le Monde, et sans num√©ro Le Mat.

Aux yeux des kabbalistes qui ont √©tudi√© le Tarot, plusieurs remarques s’imposent. Il y a autant d’arcanes majeurs que de lettres dans l’alphabet h√©breu. Leur nombre est exactement celui des vingt-deux voies de la Sagesse, des canaux inter-s√©phirotiques qui r√©unissent entre eux les dix S√©phiroth, les sublimes principes m√©taphysiques de la Kabbale juive. Les S√©phiroth eux-m√™mes, attributs mystiques de Dieu se d√©veloppent sous forme de trinit√©s dans chacune desquelles deux extr√™mes sont unis par un terme moyen. Et ils s’accordent au sens symbolique des lames: au Bateleur, cause et point de d√©part de toutes choses, va la Couronne s√©phirothique ; √† la Papesse, la Sagesse ; l’Imp√©ratrice, l’Intelligence; √† l’Empereur, la Grandeur et la Mis√©ricorde ; au Pape, la Rigueur ou le Jugement ; √† l’Amoureux, la Beaut√©; au Chariot, la Victoire; √† la Justice, la Gloire; √† l’Hermite, le Fondement, et, √† la Roue de fortune, figurant le tourbillon involutif le Royaume. Comme il y a des correspondances entre toutes les lames, on peut d√©velopper √† partir de l√† toute une symbolique kabbalistique du Tarot, car dans la cha√ģne contenant les diff√©rents degr√©s de l’essence, tout est li√© de mani√®re magique.

– L’anthropocentrisme du Tarot :

Tarot alchimique, tarot magique ou m√™me ma√ßonnique, toutes les cl√©s d’interpr√©tation ont √©t√© essay√©es, pourvu qu’on ait trouv√© un ou deux signes symboliques pouvant se rattacher √† telle ou telle doctrine. Mais le Tarot reste, avant tout, anthropocentrique, et les figures qui le composent ont une signification psychologique et cosmique; elles concernent l’homme en lui-m√™me et dans le monde m√™me si elles ne nous montrent pas des personnages humains, comme la Roue de Fortune (X) et la Lune (XVIII), o√Ļ les animaux ne sont que des caricatures de l’homme.

Pour étudier maintenant le symbolisme du Tarot sous cet angle, il faut disposer les arcanes, soit en forme de roue, ce qui situe le Mat entre le Bateleur et le Monde, soit sur deux rangées, la première de I à XI et la seconde, en sens inverse, de XII au Mat.
Il appara√ģt alors clairement que l’axe vertical du Tarot rejoint les arcanes VI et XVII, l’Amoureux et l’√Čtoile, l’un √©tant l’affectivit√© et l’autre l’esp√©rance, comme si ces deux valeurs √©taient le pivot autour duquel gravitent toutes les autres.

– Une voie d’√©volution vers la sagesse :

Seul en face du monde, l’homme cherche la voie de la sagesse dans l’acquisition d’une double ma√ģtrise : celle du monde ext√©rieur et celle de son univers int√©rieur. Cette ma√ģtrise proc√®de d’une initiation progressive qui distingue elle-m√™me deux voies deux modes ou deux phases principales, √† pr√©dominance active ou passive, solaire ou lunaire.

РLa Voie Sèche :

La premi√®re se fonde sur l’exaltation du principe d’initiative individuelle, sur la raison et la volont√©. Elle convient au sage qui reste toujours en pleine possession de lui-m√™me et ne compte que sur les ressources de sa propre personnalit√©, sans attendre aucun secours des influences ext√©rieures. Il en va tout autrement de la seconde, qui prend l’exact contre-pied de la premi√®re. Loin de d√©velopper ce qu’on a en soi et de donner selon toute l’expansion de ses √©nergies intimes, il s’agit pour le mystique de se mettre en √©tat de recevoir dans toute la mesure d’une r√©ceptivit√© sp√©cialement cultiv√©e. Ainsi, le rationnel et le mystique, comme le masculin et le f√©minin, s’opposent et se compl√®tent deux √† deux. La Force (XI) et le Pendu (XII), par exemple, ne sont que deux aspects d’un m√™me symbole : force ext√©rieure de l’arcane XI, force toute int√©rioris√©e et spiritualis√©e du Pendu (XII).
En ce sens √©galement, Le Bateleur en qu√™te de l’initiation se heurte d’abord √† la Papesse (II), d√©tentrice des secrets du monde : pour lire dans son livre, il faut l’intelligence de l’Imp√©ratrice (III) et de l’Empereur (IV). Avec le Pape (V), l’initiation devient effective : l’homme va r√©ussir √† s’√©lever √† travers les √©preuves des autres arcanes, dont la premi√®re sera la tension de l’Amoureux (VI) centre de la premi√®re rang√©e de lames, car sans √©lan affectif, rien n’est possible. Apr√®s ce choix qui l’engage, le ma√ģtre du Chariot (VII) risque d’abuser de sa puissance et de s’enorgueillir de sa force ; la Justice (VIII) lui rappelle la loi de l’indispensable √©quilibre, et, fort de son id√©al, il va partir en Hermite (IX) √† travers le monde ; mais dans la mesure o√Ļ l’Hermite cherche la v√©rit√©, il juge et met en mouvement la Roue de Fortune (X) qui donne ce qu’il doit recevoir, d’apr√®s son √©tat int√©rieur et son propre d√©sir d’√©volution. Seule la Force (XI) peut arr√™ter la Roue de Fortune. Au terme de cette premi√®re voie, l’initi√© a trouv√© ce qu’il cherchait; la Force a la m√™me coiffure que le Bateleur : le lemniscate du signe de l’infini.

– La Phase Mystique : la Voie Humide

Avec le Pendu (XII), d√©but de la seconde rang√©e, l’initi√© entre dans un monde renvers√© o√Ļ les moyens mat√©riels sont devenus inefficaces : c’est la voie mystique et passive. L’arcane sans nom du no XIII nous indique que la mort, dont la lame rouge, couleur de sang et de feu, coupe et br√Ľle les illusions, loin d’√™tre une fin, est un commencement. Mais, dans cette vie nouvelle qui nous est promise, il ne faut pas forcer les √©tapes : les exigences de la Temp√©rance (XIIII) sont les m√™mes que celles de l’Hermite (VIII) ; c’est seulement apr√®s avoir pris conscience de ses limites et acquis l’√©quilibre int√©rieur que l’homme pourra affronter le Diable (XV), symbole de la plus grave des tentations, celle qui nous promet des pouvoirs occultes aussi grands que les clairs pouvoirs de Dieu, mais qui tissent autant de liens avec la puissance diabolique. H√©las, les constructions de l’orgueil humain sont toutes vou√©es √† la chute, et voil√† la Tour foudroy√©e de la Maison-Dieu (XVI).

D√©sormais, il ne reste √† l’homme que l’√Čtoile de V√©nus (XVII), √©toile double de l’esp√©rance et de l’amour, centre de la seconde rang√©e des lames et base de l’axe vertical du Tarot. Comme la lune accompagne l’√©toile dans le ciel physique, elle la suit (XVIII) dans le monde symbolique du Tarot, porteuse des valeurs du pass√©, riche de tout l’inconscient, domaine de l’imaginaire o√Ļ se rechargent les songes. Sans l’alliance de l’√Čtoile et de la Lune, nous ne pourrions affronter la lumi√®re et le feu du Soleil (XVIIII), arcane de l’illumination totale, sous lequel, pour la premi√®re fois, l’homme n’est plus seul.

D√©sormais, il peut √™tre jug√© dans sa totalit√©, en lui-m√™me et dans ses Ňďuvres. Son fils, aux yeux de l’ange du Jugement (XX), symbolisera le t√©moin. Il a atteint le sommet de l’initiation, et le Monde (XXI) n’est l√† que comme une synth√®se de ce qu’il a obtenu. Il a r√©ussi √† op√©rer la transmutation du monde objectif en valeur psychique, c’est-√†-dire, en langage alchimique, que parti avec le Bateleur de la materia prima il aboutit √† l’or. Ainsi alors que la premi√®re voie de l’initiation aboutissait √† la Force (XI), apanage du Bateleur qui a r√©alis√© son programme, la seconde voie, celle de la mystique, part du Pendu (XII) et nous conduit au Mat dont la passivit√© prend ici un caract√®re sublime. Il est celui qui, apr√®s avoir obtenu de ce monde tout ce qu’il peut donner, reconna√ģt qu’il ne poss√®de rien de valable et retourne en cons√©quence √† l’inconnu, √† l’inconnaissable qui pr√©c√®de et qui suit notre vie.

Devant cette double impasse, nous ne pouvons que continuer √† chercher, mais en ayant enfin admis dans notre intelligence et accept√© dans les souffrances de notre chair, qu’il y a entre Dieu et nous une diff√©rence de nature ; le seul rapport possible avec lui r√©side dans l’esp√©rance, l’abandon et l’amour. Telle est la derni√®re le√ßon du Tarot con√ßu comme chemin initiatique.

Quelle que soit la valeur de tous ces points de vue, nous ne devons pas oublier que le Tarot ne se soumet enti√®rement √† aucune tentative de syst√©matisation : il reste toujours en lui quelque chose qui nous √©chappe. Son aspect divinatoire n’est pas le moins difficile √† saisir. Nous ne l’envisagerons pas ici, car les combinaisons sont infinies et les interpr√©tations, m√™me si elles s’appuient sur les symboles que nous avons tent√© de mettre en lumi√®re, exigent une √©ducation de l’imagination, qui ne s’acquiert que par une longue pratique, et une grande r√©serve de jugement.

Le fou Devant les arcanes du Tarot, je me trouve donc devant un syst√®me comportant vingt-deux √©l√©ments: Je dois d’abord consid√©rer chaque Id√©e-Force en soi; pour en venir bient√īt √† la consid√©rer dans ses rapports avec les autres et avec l’ensemble.

C’est alors que, pour ma part, confront√© √† l’interaction de toutes ces id√©es-Forces, dispos√©es selon un plan qui constitue un autre syst√®me en soi, je me sens tout petit…

C’est dans l’interaction des √©l√©ments que se manifeste la vie. Et c’est bien, √† mon sens, ce qui rend la lecture du Tarot difficille.

Au-del√† de la d√©finition de chaque lame, il n’y a plus gu√®re, pour ainsi dire, de mode d’emploi.

Aucun √©l√©ment d’un syst√®me ne peut √™tre consid√©r√© en dehors de l’ensemble dont il participe. Aucun √©l√©ment d’un syst√®me ne parvient √† vivre s’il est isol√© des autres.

Tout syst√®me ne vit que par l’interaction des √©l√©ments qui le composent. Pris isol√©ment, les arcanes sont comme des mots sans vie; il s’agit de les articuler, de les faire vivre, de les animer de leur insuffler de l’√Ęme.

Le Tarot est un syst√®me de variations combinatoires qui d√©bouche sur l’infini: un jeu de permutation autrement dit, une combinatoire d’√©l√©ments. Le Tarot n’est pas un jeu lin√©aire; il exige au contraire une d√©marche globale.

Il ne s’adresse pas √† la Raison, mais √† l’Intuition. Qu’il oriente, stimule oblige √† s’exprimer.

Une lame √† la fois est accessible au fonctionnement habituel de la pens√©e. Je veux dire qu’on peut s’en tenir au mode d’emploi et aux associations de sensations, d’images et d’id√©es qu’elle suscite. Deux lames sont peut-√™tre encore accessibles au fonctionnement habituel. Mais avec la troisi√®me lame le fonctionnement habituel √©clate.

Je m’√©merveille devant le g√©nie des concepteurs de ce jeu: ils sont parvenus √† cacher l’infini dans un syst√®me qui donne l’impression d’√™tre facilement accessible.

Les lames de Tarot m’apparaissent comme un carrousel d’images et de symboles. On peut demeurer autour et les regarder tourner. Mais on reste alors pris dans les sensations, les √©motions, les pens√©es qu’elles √©veillent.

On peut aussi les p√©n√©trer. Passer √† l’int√©rieur. Ce qui revient √† dire : passer √† un niveau sup√©rieur de fonctionnement.

Et cheminer dans le labyrinthe des arcanes, vers le centre de l’√ätre.

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