La conscience

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Enseignement de type indous et de Sri-aurobindo :

Le texte étant conséquent , je met pour les sources les pages correspondantes afin que ceux qui le désires puissent se référer au livre lors de leur travaux de réalisations.

Pour un occidental, la conscience est toujours un phénomène mental : je pense donc je suis. C’est un point de vue, le nôtre. Nous nous plaçons au centre du monde.

Pourtant si nous voulons découvrir ce qu’est la conscience il faut passer outre à cet étroit point de vue. Sri Aurobindo avait pu faire les observations suivantes :

La conscience mentale n’est qu’une gamme humaine et elle n’épuise pas toutes les gammes de conscience possibles de même que la vue humaine n’épuise pas toutes les gradations de couleur ou l’ouïe toutes les gradations du son car il y a quantité de choses qui sont invisibles et inaudibles à l’homme. De même il y a des gammes de conscience au dessus – gammes supramentales – et au dessous – gammes submentales – avec lesquelles l’être humain normal n’a pas de contact et qui, de ce fait, lui semblent « inconscientes ».

A mesure que nous progressons et que nous nous éveillons à l’âme en nous et dans les choses, nous réalisons qu’il y a aussi une conscience dans la plante, dans le métal, dans l’atome, dans tout ce qui appartient à la Nature physique.

Sri Aurobindo nous encourage vivement à voir par nous-mêmes. Il faut donc démêler cette chose en nous qui relie nos diverses manières d’être et nous permet d’entrer en contact avec les autres formes de conscience.

Les centres de conscience

(p65-p70)

12.Si nous poursuivons notre méthode expérimentale nous observons que nous mentalisons tout. Le mental nous permet de porter à notre surface consciente tous les mouvements de notre être mais du même coup, il nous voile leur voix et leur fonctionnement véritables.

Le chercheur qui a fait taire son mental commencera à distinguer tous ces états dans leur réalité nue. Il sentira à divers points de concentration comme des noeuds de force dotés chacun d’une qualité vibratoire particulière.  Ces vibrations semblent s’irradier à différentes hauteurs de notre être. L’expérience d’une grande vibration révélatrice par exemple qui nous fait ressentir le monde comme plus léger, plus clair.

Nous avons aussi l’expérience de vibrations plus épaisses, des vibrations de colère, de peurs, de désirs, de sympathie. Il y a en nous toute une gamme de nodules vibratoires ou centres de conscience, chacun spécialisé dans un type de vibration. Le mental est seulement un des centres, un type de vibration, seulement une des formes de conscience qui veut s’arroger la première place.

Disons que ces centres appelés chakras en Inde ne se situent pas dans notre corps physique mais dans une autre dimension bien que  leur concentration, à certains moments, puisse devenir si intense qu’on ait la sensation aigüe d’une localisation physique. Certains correspondent d’assez près aux différents plexus nerveux que nous connaissons mais pas tous.

Grosso modo on peut distinguer sept centres répartis en quatre zones :

1) Le Supraconscient avec un centre un peu au sommet de la tête qui dirige notre mental pensant et nous met en communication avec des régions mentales plus élevées : illuminées, intuitives, surmentales, etc…

2) Le Mental avec deux centres : l’un, entre les sourcils, qui gouverne la volonté et le dynamisme de toutes nos activités mentales quand on veut agir par la pensée. C’est aussi le centre de la vision subtile ou « troisième oeil », l’autre, à hauteur de la gorge qui gouverne toutes les formes d’expression mentale.

3) Le Vital avec trois centres : l’un à hauteur du coeur qui gouverne notre état émotif, amour, haine etc… le deuxième à hauteur du nombril qui gouverne nos mouvements de domination, de possession, de conquête, nos ambitions etc… et un troisième, le vital inférieur entre le nombril et le sexe à hauteur du plexus mésentérique qui commande les vibrations les plus basses : jalousie, envie, désir, convoitise, colère.

4) Le physique et le Subconscient avec un centre à la base de la colonne qui régit notre être physique et le sexe. Ce centre nous ouvre plus bas aux régions subconscientes.

Généralement dans l’homme « normal » ces centres sont endormis ou fermés ou ne laissent filtrer que le tout petit courant nécessaire à sa mince existence.

Avec le yoga ces centres s’ouvrent. Ils peuvent s’ouvrir de deux manières : de bas en haut ou de haut en bas suivant que l’on pratique un yoga traditionnel ou celui d’Aurobindo.

A force de concentrations, d’exercices, on peut un jour sentir une Force ascendante qui s’éveille à la base de la colonne vertébrale et monte au sommet du crâne. Avec le yoga de Sri Aurobindo, la Force descendante ouvre très lentement, doucement, ces mêmes centres de haut en bas.  En agissant de bas en haut nous ouvrons en premier les chakras des vibrations les plus épaisses et sommes branchés sur la confusion et la boue du monde. C’est pourquoi les yogas traditionnels exigent la présence d’un Maître protecteur.

Notre première découverte est de voir que les vibrations mentales viennent du dehors avant d’entrer dans nos centres : vibrations de joie, de volonté etc… et que notre être est comme un poste récepteur, du haut en bas.

La personnalité frontale

(p70-p72)

13. Nous serons tentés de protester car enfin ce sont nos sentiments, nos peines, nos désirs, notre sensibilité. Il est vrai qu’en un sens c’est nous car nous avons pris l’habitude de répondre à certaines vibrations plutôt qu’à d’autres. Mais en y regardant de plus près, on ne peut même pas dire que c’est « nous » qui avons pris toutes ces habitudes ; c’est notre milieu, notre éducation, nos traditions qui ont choisi pour nous.

La Nature universelle dit Sri Aurobindo dépose en nous certaines habitudes de mouvement, de personnalité, de caractère, certaines facultés, certaines dispositions, tendances… et c’est cela que nous appelons nous-même.

En fait, nous accrochons toujours les mêmes longueurs d’onde. Tout est en état de flux constant et tout nous vient d’un mental plus vaste que le nôtre, universel ou de régions plus basses subconscientes ; ou plus hautes, supraconscientes. Ainsi, cette petite personnalité frontale est entourée, soutenue, traversée et mue par toute une hiérarchie de « mondes » ou comme dit Sri Aurobindo de plans de consciences qui s’échelonnent sans interruption de l’Esprit pur à la Matière et qui sont en relation avec chacun de nos centres.

Mais nous ne sommes conscients que de quelques bulles à la surface.

L’individualisation de la conscience

(p72-p75)

14.Nous commençons à entrevoir ce qu’est la conscience et à sentir qu’elle est partout dans l’univers mais nous n’avons pas encore trouvé « notre » conscience. Nous avons tous senti, à certains moments privilégiés de notre existence comme une chaleur dans notre être, une sorte de poussée intérieure ou de force vivante qui surgit de rien, sans cause, comme une flamme.

Mais bien vite, nous sortons de cette adolescence et le mental s’empare de cette force, comme il s’empare de tout et la recouvre de grands mots idéalisants. Il la fait entrer dans une oeuvre, un métier, une Eglise ou le vital s’en saisit et la badigeonne de sentiments plus ou moins nobles ou la fait entrer dans quelque aventure ou qu’il s’en serve pour dominer, vaincre, posséder.

Mais le chercheur qui a fait taire son mental et ne risque plus d’être pris au piège des idées, qui a tranquillisé son vital et n’est plus emporté dans la grande dispersion des sentiments et des désirs redécouvre dans cet éclaircissement de son être, comme un nouvel élan de jeunesse une nouvelle poussée à l’état libre.

A mesure que sa concentration grandira par ses « méditations actives », par son aspiration, son besoin, il sentira que cette poussée se met à vivre : « Elle s’élargit et fait sortir ce qui vit, dit le Rig-Véda, éveillant quelqu’un qui était mort ». Elle prend de plus en plus de puissance et d’indépendance comme si c’était à la fois une force et un être dans son être.

Il remarquera dans ses méditations passives tout d’abord que cette force en lui a des mouvements, une masse, des intensités variables et qu’elle monte et descend au-dedans de lui. Dans les méditations actives, la vie ordinaire, cette force sera plus diluée et donnera l’impression d’une petite vibration sourde à l’arrière plan. Avec cette petite chose dedans qui vibre, on est invulnérable et plus jamais seul. C’est chaud, c’est proche, c’est fort.

Alors nous avons touché la réalité fondamentale de notre être, le centre vrai, chaleur et être, conscience et force.

Le chercheur s’apercevra que cette poussée ne se meut pas au hasard, comme il lui avait semblé tout d’abord, mais qu’elle se rassemble en divers points de son être suivant les activités du moment.

Tous les centres, y compris le mental, ne sont que ses ouvertures sur les différents étages de la réalité universelle ou ses instruments de transcription et d’expression. C’est elle le voyageur des mondes,(Savitri 28:93), l’explorateur des plans de conscience, elle qui relie nos diverse manières d’être. En d’autres termes nous aurons découvert la conscience.

Nous pouvons déplacer notre conscience vers des régions plus profondes ou plus hautes, inaccessibles au mental et à nos organes des sens car la conscience n’est pas une façon de penser ou de sentir mais un pouvoir d’entrer en contact avec la multitude des degrés de l’existence, visibles ou invisibles.

Nous verrons que cette conscience est indépendante de ce que l’on pense, de ce que l’on sent, qu’elle est indépendante du mental et du vital et même du corps car dans certains états particuliers dont nous reparlerons elle sort du corps et va se promener ailleurs pour faire des expériences.

 

Conscience-force, Conscience-joie

(p75-p80)

15.En découvrant la conscience nous avons découvert que c’était une force. Conscience-force dit Sri Aurobindo car en vérité les deux termes sont inséparables et convertibles l’un en l’autre.

La sagesse ancienne de l’Inde connaissait bien ce fait et ne parlait jamais de conscience, Chit, sans y adjoindre le terme Agni, chaleur, flamme, énergie, Chit-Agni ou  parfois elle emploie le mot Tapas qui est synonyme d‘Agni.

Nous parlons de plusieurs forces : descendante, ascendante, mentale, vitale, matérielle mais il n’y a qu’une seule Force au monde, un seul courant unique et qui selon le niveau où il opère se revêt d’une substance ou d’une autre. C’est elle qui relie tout, anime tout, elle la substance fondamentale de l’univers : Conscience-Force, Chit-Agni.

S’il est vrai que la conscience est une force, inversement la force est une conscience et toutes les forces sont conscientes.

C’est partout le même courant de conscience avec des modalités vibratoires différentes que ce soit dans la plante, dans les réflexions du mental humain, dans le supraconscient lumineux et dans l’instinct de la bête, dans le métal et dans nos méditations profondes.

Einstein nous a appris que Matière et Energie sont convertibles l’une l’autre : E= mc².

Il nous reste à découvrir pratiquement que cette Energie est une Conscience et que la matière, elle aussi, est une forme de conscience. Quand nous aurons trouvé ce Secret nous aurons la vraie maîtrise des énergies matérielles. Mais nous ne faisons que redécouvrir  de très anciennes vérités. Il y a quatre mille ans les Upanishadssavaient que la Matière est de l’Energie condensée :  » Par l’énergie de sa conscience Brahman s’est massé ; de cela la Matière est née, et de la Matière, la Vie, le Mental et les mondes ( Mundaka Upanishad , I.1.8).

Tout est Conscience ici bas, parce que tout est l’Etre ou l’Esprit. Tout est Chit-conscience- parce que tout est Sat -existence-Sat Chit. à divers niveaux de sa propre manifestation.

L’histoire de notre évolution terrestre, finalement,  est l’histoire d’une lente conversion de la Force en Conscience ou plus exactement un lent rappel de cette Conscience engloutie dans sa Force.

Tout le progrès évolutif, en fin de compte, se mesure à la capacité de dégagement ou de décrochage de l’élément conscience hors de son élément force. C’est  ce que nous appelons l’individualisation de la conscience. Au stade spirituel ou yogique de notre évolution la conscience est totalement dégagée de ses tourbillonnements mentaux, vitaux, physiques. Elle est capable de parcourir toute la gamme des vibrations de l’atome à l’Esprit.

Si nous commençons à percevoir la conscience intérieure dit Sri Aurobindo on peut en faire toutes sortes de choses : l’envoyer à l’extérieur sous forme de courant de force, tracer un cercle de conscience autour de soi, diriger une idée pour qu’elle entre dans la tête de quelqu’un en Amérique. Si nous n’avions pas fait des milliers d’expériences … nous n’en parlerions pas comme nous en parlons. 

A un stade ultérieur, nous verrons que la Conscience peut agir sur la Matière et la transformer. Cette ultime conversion de la Matière en Conscience et peut -être un jour de la Conscience en Matière est l’objet du yoga supramental dont nous reparlerons plus tard.

Mais il y a bien des degrés de développement de la conscience-force depuis le chercheur qui s’éveille jusqu’au yogi. C’est ici que la vraie hiérarchie commence.

Il est une ultime équivalence. Non seulement la conscience est force, non seulement la conscience est être mais la conscience est joie, Ânanda Chit-Ânanda. Etre conscient c’est la joie, une joie solide, vaste, paisible. Elle est irréfutablement comme un roc à travers tous les temps, tous les lieux, comme un sourire derrière et partout. Tout l’énigme de l’univers est là. Il n’y en pas d’autre. Un sourire imperceptible, un rien qui est tout.

Sat-Chit-Ânanda – Existence, Conscience, Joie –  triade éternelle qui est l’univers et que nous sommes : « De la joie tous ces êtres sont nés ; par la joie ils existent et grandissent ; à la joie ils retournent ». ( Taïttiriya Upanishad III.6.)